Portrait de Sandra Lecoq : Masculin Féminin

Elle cherche à en découdre avec elle-même pour trouver matière à créer. Sandra Lecoq, plasticienne de fil en aiguille…

 

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©Galerie Eva Vautier

 

Sandra mais pas sans tissus ! Dire du travail de Sandra Lecoq qu’il a de l’étoffe relève de l’évidence. Mais ne lui parlez pas d’art textile pour autant, de travaux de couture ou de trucs de fille pour définir son esthétique. Utiliser des bouts de chiffons est juste la trame de sa façon à elle de peindre. Faire tapisserie, Dame à la licorne, caresser ses chimères ? Oui, mais la belle serait plutôt girl phallus, selon la formule de Lacan, notamment à travers la série d’œuvres qui l’a fait connaître.

Ses « Pénis carpets », proliférants tricots de laines colorées en forme de sexe masculin. On en retrouve encore parfois la trace dans ses travaux plus récents, planqués dans des patchworks sous des imprimés à fleurs ou autres. « C’est une approche du masculin dans le vif du sujet », s’amuse à dire Sandra. L’homme comme un obscur, lumineux objet du désir ? Une bonne part de son travail tourne autour de « ça », comme si ses compositions, ses toiles de tissus découpés, donnaient corps à un Cantique des Cantiques à voir et à toucher. Une célébration de l’amour.

Wild Female Soul

Dans l’une de ses œuvres, Paul, Édouard et moi, grande toile chatoyante où le mot oui est peint à l’envi, elle trousse une déclaration d’amour à son homme, dans un brouhaha visuel d’oiseaux et de fleurs. Le continent noir de l’orgasme féminin, comme l’appelait Freud, devient alors une explosion de joie. Un technicolor intérieur visible là, sur la toile écran du tableau. Le travail de Sandra Lecoq est traversé de ces frissons de chair. Pas pour rien que le tissu est sa matière première, fibre sensible comme on parle de la sensibilité d’une pellicule au cinéma.

Quel film se tourne-là ? Une histoire où elle est à la fois une Pénélope brodant en mode trash ses motifs à même ses sentiments et un Ulysse infatigable voyageur de la psyché féminine. Peau d’âme. Loin de toute image feutrée, on est en plein dans ce que Sandra Lecoq appelle « Wild Female Soul » (l’âme de la femelle sauvage). La formule s’affiche dans nombre de ses œuvres. En toutes lettres. De tout son être !

Sandra Lecoq vit et travaille à Nice. Elle est professeur de pratique picturale à la Villa Thiole. Exposition la plus récente à la Galerie Eva Vautier, cet été, à Nice.