Hubert de Givenchy : amour de la dentelle, admiration pour « M. Balenciaga » et regard sur la mode actuelle

Vingt-deux ans après avoir quitté la direction artistique de sa propre maison de couture fondée en 1952, Hubert de Givenchy est venu à la Cité de la dentelle et de la mode de Calais pour présenter son exposition retraçant ses quarante-trois années de création. Une exposition sobrement baptisée « Hubert De Givenchy », organisée du 15 juin au 31 décembre.


Portrait d’Hubert de Givenchy réalisé à partir de dix milles pièces de dentelle de Calais – Lucile Deprez

Le couturier qui a récemment fêté ses 90 ans revient avec humilité sur sa passion : « Je suis un homme heureux car j’ai fait le métier dont j’ai rêvé en étant enfant, la mode est un rêve d’abord mais c’est surtout faire son possible pour embellir les femmes. » Une vision illustrée à travers les 70 tenues présentées dans les murs du musée, dans un décor sobre et élégant.

Le parcours débute avec le portrait d’Hubert de Givenchy, réalisé à partir de 10 000 pièces de dentelle de Calais, comme un hommage au musée d’accueil de l’exposition, pour laisser place ensuite à sa première collection datant de 1953. Des pièces élaborées sur le concept des « séparables », vêtement individuels pouvant être mélangés plus confortables et accessibles, qui ont fait la renommée du couturier.

« Le vêtement est quelque chose d’indispensable mais c’est aussi une forme, des matières, il faut qu’il puisse bouger, épouser le corps de la femme sans artifice qui pourrait contrarier le tissu. », commente Hubert de Givenchy, le regard caché par ses lunettes aux verres fumés, lors de la conférence de presse.


Pièces de la première collection du couturier français présentée au siège de la maison Givenchy en 1952, au 8 rue Alfred-de-Vigny – Lucile Deprez

Son style et son inspiration, il dit les avoir tirés des rencontres avec ses clientes, qui selon lui « sont fidèles à leur couturier mais plus à leur première d’atelier car c’est elle qui connaît leurs défauts » et beaucoup d’entre elles sont devenues ses muses.

Alors, une partie de l’exposition est consacrée à ces femmes. Sont ainsi mises en avant la tenue de deuil dessinée pour la Duchesse de Windsor pour les funérailles de son mari en 1972, l’ensemble du soir en satin composé d’une robe brodée au corsage et d’un manteau, pour la première visite officielle de Jacqueline Kennedy et de son mari en France en 1961, et bien sûr les robes de cinéma d’Audrey Hepburn, « adorable et admirable, qui est toujours dans mes pensées », confie Hubert de Givenchy d’une voix tremblante.

La relation complice entretenue par ces deux amis n’est pas un secret. Audrey Hepburn, plus qu’une muse pour le couturier, lui a permis d’acquérir une renommée à l’international. La robe fourreau portée par l’actrice dans le film Breakfast at Tiffany’s (Diamant sur Canapé) de Blake Edwards, sorti en 1961, en est le parfait exemple. Audrey Hepburn a aussi été la première personnalité à associer son visage à un parfum, L’Interdit de Givenchy.


La fameuse « petite robe noire », Robe fourreau portée par Audrey Hepburn pour le film Breakfast at Tiffany’s – Lucile Deprez

La seconde rencontre fondamentale d’Hubert de Givenchy dans sa carrière est celle avec Cristobal Balenciaga en 1953. « J’ai pris le train à 10-11 ans à Beauvais (sa ville d’origine ndlr) sans prévenir ma famille pour aller à Paris et rencontrer M. Balenciaga. Je suis arrivé avenue George V, j’ai pris l’ascenseur de sa maison de couture et je suis arrivé dans ce monde merveilleux entouré de couturières, de mannequins et de l’odeur des matières. Je n’ai pas réussi à le rencontrer mais heureusement car j’imagine que mes croquis n’étaient pas séduisants », raconte le couturier.

C’est finalement plusieurs années plus tard, en 1953 à New York que le rêve d’Hubert de Givenchy s’est concrétisé en rencontrant « le meilleur couturier », à ses yeux, « le roi, l’empereur, de la dentelle. »


Robe de bal en dentelle Chantilly élaborée par Hubert de Givenchy en 1952 – Lucile Deprez

Ce tissu, le couturier français l’a utilisé pour ses différentes pièces dont des majestueuses robes de bal. « La dentelle est si féminine, si séduisante qu’elle m’a toujours rendu admiratif », à l’image de la robe de bal cousue à partir de dentelle Chantilly, pour le mannequin et actrice Capucine, portée pour un bal donné à Versailles en 1952. L’exposition ne pouvait pas passer à côté de cette pièce maîtresse, dont le savoir-faire si particulier, est expliqué dans les collections permanentes du musée à Calais.

Désormais loin de l’univers de la création et témoin d’une époque où la Haute-Couture régnait en maître dans le monde de la mode, Hubert de Givenchy se voit interrogé sur sa vision du milieu aujourd’hui et répond amusé : « Vous savez, vous m’embarrassez avec cette question mais j’aime répondre franchement. L’époque a changé. La belle époque de la couture était du temps de Mesdames Grès et Vionnet, de Messieurs Dior, Balenciaga… Les tissus étaient somptueux, il y avait des endroits où porter ces vêtements. Mais maintenant il n’y a plus de mode mais des modes. Cette époque est finie depuis que Monsieur Saint Laurent a décidé d’arrêter. Je voudrais qu’il y ait des jeunes qui puissent amener du sang nouveau et un autre regard. »