Dans la peau de Guillaume Gallienne

Les garçons et Guillaume, à table !
Les garçons et Guillaume, à table !

Présenté au dernier Festival de Cannes avec une ovation debout à l’issue de la projection, son film fait le plein d’euphorie et renvoie, l’air de rien, les combats d’arrière-garde du printemps dernier à leur inanité…

Par Franck Davit

Radio, télé, théâtre (il est sociétaire de la Comédie Française), cinéma à gogo. Guillaume Gallienne n’est pas un tendre. Quand il fait les choses, il n’y va pas de main morte. Brute épaisse de travail, le cumul des mandats, c’est lui tout craché ! Derrière ce faux portrait d’un sale type, reconnaître surtout l’énorme potentiel d’un artiste hors pair, insolent de talent pour jouer la comédie. La preuve avec son dernier film, qui est aussi son tout premier film en tant que réalisateur. Adaptation de son spectacle à succès, le tordant Les garçons et Guillaume, à table !, où il racontait ses affres de jeunesse dans la peau d’un fils à maman croquignolet, la transposition sur grand écran des aventures de son moi le plus intime est un pur bonheur de cinéma. Soit le film le plus drôle qu’on ait vu depuis des lustres, littéralement à mourir de rire tellement Gallienne acteur exulte dans son art de génial cabot, allant jusqu’à interpréter lui-même le rôle de sa mère, en plus de son propre personnage d’adolescent rocambolesque. Et c’est finalement tout le vrai sujet de cette comédie : au-delà de son scénario en forme d’initiation amoureuse, il s’agit de ne relater qu’une seule et magnifique chose, la naissance d’une vocation de comédien chez un jeune homme. Bateleur ! Saltimbanque ! 

Hétéro ? moi jamais !

Au fil des péripéties existentielles de cette autobiographie filmée, Guillaume Gallienne se drape ainsi dans tous les miroitements d’un chatoyant costume d’Arlequin. Le film l’illustre à la lettre, via une inénarrable séquence de travestissement dont il ne faut rien dire pour ne pas entamer son capital de très haute loufoquerie. L’acteur rejoint là instantanément un degré de paroxysme comique égal, cris et maquillage outré en moins, à un Serrault dans la Cage aux Folles. Déjanté dans la plus totale candeur, en toute allégresse ! Jubilatoire et délectable Guillaume Gallienne. Son film est tout entier à son image, généreux, craquant, irrésistible. Il fait mouche à tous les coups, chronique piquante, jamais méchante, d’une famille bourgeoise en folie, portrait d’un p’tit bonhomme qui croit dur comme fer être homo pour faire plaisir à sa génitrice. Et pourtant non, il faudra bien accepter l’inéluctable : être hétéro. Nobody’s perfect !

Les garçons et Guillaume, à table,
De et avec Guillaume Gallienne, Françoise Fabian, Diane Kruger
Sortie le 20 novembre