Les rendez-vous Danse de Cannes

Cet hiver, laissez-vous emporter dans un tourbillon de danse au cœur de Cannes, au détour de 5 soirées haut de gamme au Palais des Festivals. Carnet de bal. Gala d’Etoiles le 18 janvier / Les Nuits, d’Angelin Preljocaj le 21 février / Break the floor le 22 mars / De l’Enfer au Paradis, d’Emiliano Pellisari le 29 mars / Itinérances le 30 avril.

Par Franck Davit

Qu’est-ce qu’on danse de beau à Cannes ces temps-ci ? Après un ébouriffant Festival d’automne, où on a pu voir à l’œuvre les chorégraphes Shen Wei ou Anne Teresa de Keersmaeker entre autres grands moments d’émotion, place à une programmation d’hiver qui fait les 400 coups. Entre un registre néo-classique tiré à 4 épingles, de belles échappées contemporaines et l’expression fauve d’un bougé urbain animal, c’est à une battle dance tout ce qu’il y a de bien balancée que nous invite ainsi le Palais des Festivals, où vont se dérouler au fil des semaines à venir différents spectacles chorégraphiques. L’occasion de voir que la danse, quels que soient les signes de son zodiaque, nous ramène à l’essentiel, quelque chose de notre condition humaine, quelque part entre ciel et terre.

Classique et classieux : Gala d’Etoiles

Gala d’Etoiles. © DR
Gala d’Etoiles. © DR

Le 18 janvier, Gala d’Etoiles s’annonce comme une soirée événement pour toutes celles et tous ceux qui croquent de la ballerine sur pointe et en tutu. On va retrouver là à cette occasion une quintessence du ballet romantique, avec des chorégraphies de ou inspirées par Marius Petipa, le grand maître du genre, qui a fixé l’étiquette de ce répertoire dansé au XIXe siècle et dont les règles prévalent encore de nos jours au sein de toutes les meilleures compagnies de danse. A ce prisme de la rigueur et de l’excellence, les amateurs et les autres seront heureux d’apprendre que figurent à l’affiche de ce Gala des morceaux de bravoure dansés aussi célèbres que les pas de 2 de Casse-Noisette, d’Esméralda, du Lac des Cygnes (épisode du Cygne Noir), du Corsaire ou de Don Quichotte. Une vraie anthologie en forme de feu d’artifice où la virtuosité le dispute à la grâce, la technique à une énergie presque sauvage, pour venir à bout des difficultés d’une partition de sauts et de pirouettes sans temps morts. Pas pour rien que certaines des figures de ces pas de 2 s’appellent « grand manège ». On est effectivement étourdi devant les prouesses des danseurs, avec une sorte d’euphorie de fête foraine quand tout fonctionne à merveille !

Pour mener ce bal infernal et d’autant plus sublime, Alexandra Cardinale, l’instigatrice de ce Gala d’Etoiles, elle-même tout droit sortie du sérail de l’Opéra de Paris, a fait appel à des interprètes de premier plan. Sur la scène du Palais des Festivals, toute une constellation d’Etoiles et de Solistes viendra ainsi faire la démonstration de ses talents, de l’Opéra de Paris (Karl Paquette, Vincent Chaillet, Sae Eun Park, Hannah O’Neill et d’autres encore) au Ballet National de Marseille et à la Compagnie Julien Lestel, Julien Lestel étant par ailleurs danseur-étoile des Ballets de Marseille. Le 18 janvier, entrez dans la danse par la grande porte, on ne saurait dire mieux pour évoquer cette prometteuse soirée chorégraphique…

Arabesque / Les Nuits, d’Angelin Preljocaj

Les Nuits. © JC Carbonne
Les Nuits. © JC Carbonne

D’Aix en Provence à Cannes… Le 21 février, le Palais des Festivals cultive sa fibre dansante dans une tout autre tonalité, en accueillant sur la scène de son Grand Auditorium Lumière le dernier spectacle d’un grand nom de la chorégraphie hexagonale, Les Nuits, d’Angelin Preljocaj. Celui-ci crée désormais à demeure, dans son fief du Pavillon Noir, à Aix en Provence, qui est à la fois le lieu de travail de ses danseurs et une salle de spectacle dédiée à la danse, par où transitent les compagnies les plus créatives du moment, via une programmation nec plus ultra sous le sceau d’un matériau chorégraphique aussi résolument contemporain qu’inspiré. De cet écrin qui est un bel outil de travail, ont notamment jailli ces Nuits, inspirées des Mille et Une Nuits, où Preljocaj laisse libre cours à ses visions d’une Arabie pareille à une fantasmagorie féérique et torride. Dans une dentelle d’ombres chinoises, d’autres fois dans de somptueux clairs obscurs où miroitent des lueurs échappées des toiles orientalistes de Delacroix ou Ingres, il a tissé une chorégraphie sensuelle brodée de motifs érotiques, jouant sur des tableaux suggestifs pour tramer peu à peu un spectacle en forme de caresse soyeuse, charnelle.

L’esthétique voluptueuse du chorégraphe prend ici sa dimension la plus incarnée, encore soulignée par l’accompagnement musical et vocal de Natacha Atlas et Samy Bishai et leur mélopée électro-pop En figure de proue du ballet, le personnage de Shéhérazade, à travers lequel Preljocaj tend un miroir magique à la Femme. Et pour habiller/déshabiller le tout en beauté, c’est le couturier star Azzedine Alaïa qui s’y colle et signe les costumes du spectacle dans un style épuré où les formes des corps exultent. Tout à cette luxuriance visuelle exacerbée, les Nuits portent la griffe d’un ballet haute couture, ce que certains critiques lui ont reproché, comme si la production s’exhibait dans une débauche de signes convenus et toc. Abondance de biens nuit, a-t-on ainsi pu entendre ici et là. Juste un effet de surface sans profondeur. Le public, lui, partout où il a été présenté, a réservé un beau succès au ballet. Alors, à Cannes, dans leur fourreau de braises et de peaux, les Nuits d’Angelin Prlejocaj feront-elles des étincelles ou n’y aura-t-il à voir là qu’un long spot creux et luxueux dans des vapeurs frelatées de parfums d’Arabie ? Laissez les charmes agir, ou pas…

Asphalt jungle / Break the floor

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Break the floor. © DR

Attention, avec Break the floor, ça va secouer ! Grand déballage de figures spectaculaires et acrobatiques, qui s’enchainent sur des rythmes affutés, dans un déferlement d’énergies brutes de décoffrage… Le 22 mars, ondes et vibrations à très haut débit pour le Palais des Festivals qui sera ce soir-là en connexion 100% hip-hop, dans le sillage de danseurs qui vont s’affronter au cours de « battles » aussi musclées qu’aériennes. Uppercuts garantis face à un art chorégraphique survolté, à l’impact visuel décuplé par le brio physique, la force vive et la fluidité, l’agilité virevoltante des compétiteurs en présence. On ouvre grand ses yeux pour ne pas perdre une miette des évolutions incroyables auxquelles se prêtent les adeptes de cette danse urbaine, emblématique d’une fureur de vivre d’aujourd’hui, qui roule allégrement des mécaniques et dit quelque chose de puissant du « struggle for life » enfoui au plus profond de chacun d’entre nous, entre la rage et la joie, la jubilation et la vigueur. Une danse effervescente, en éruption corporelle volcanique, pour entendre rugir de plaisir une autre ivresse de bouger et de se mouvoir. De s’émouvoir au bout du compte…

Envoûtement à vue : De l’Enfer au Paradis, d’Emiliano Pellisari

Paradiso. © DR
Paradiso. © DR

Il y a de l’enlumineur en lui. Un inlassable ciseleur de formes, qui forge dans les volutes de son art une danse graphique, éthérée, hypnotique. Avec la troupe italienne « No Gravity Dance Company », le chorégraphe Emiliano Pellisari investit le Théâtre Debussy du Palais des Festivals, le 29 mars, et nous voilà en orbite autour d’une nébuleuse poétique qui porte aux nues une pratique dansée vertigineuse, magnifiée par des dispositifs scéniques sophistiqués. Nom du ballet présenté à cette occasion : De l’Enfer au Paradis, une trilogie d’après la Divine Comédie de Dante. Un ballet, vraiment ? Plutôt une machinerie de rêve, un alambic de merveilleux et d’imaginaire où l’anatomie des danseurs, leurs gestes et leurs postures deviennent les lignes, les galbes et les contours d’un fascinant travail d’orfèvre. Dans ce spectacle, Emiliano Pellisari déploie en effet toute la magie d’une danse obéissant aux lois d’un art cinétique, une dentelle d’effets optiques faisant tournoyer au gré d’un langage chorégraphique aiguisé des images kaléidoscopiques. De pures bouffées d’onirisme emportent ainsi les figures du ballet du côté d’un surréaliste traité de mécanique ondulatoire. Une science des corps et des fluides qui plonge le spectateur dans un climat de fantastique envoûtant. Cela tient à la fois de l’illusionnisme, d’une danse au caractère pictural affirmé, mêlée d’une dimension voltigeuse venue du cirque. C’est à couper le souffle !

Bannière étoilée : Itinérances, de Nicolas Le Riche

Itinérances.© DR
Itinérances.© DR

L’an dernier, c’est Benjamin Millepied, le nouveau directeur de la Danse à l’Opéra de Paris, qui, avec sa compagnie, le L.A. Dance Project, était venu présenter au Palais des Festivals un spectacle en forme de triptyque, beau et vibrant d’une passion éclairée pour des univers chorégraphiques sans concession. Le 30 avril, Nicolas Le Riche, danseur étoile de l’Opéra de Paris, fera de même, sur la même scène. A l’affiche, Itinérances, un patchwork de 4 ballets, où celui-ci invite les spectateurs à le suivre sur une certaine idée de la danse à son plus haut degré d’incandescence, sur les pas de chorégraphes d’hier et d’aujourd’hui. Au cours de la soirée, on pourra ainsi voir Le Jeune homme et la mort, l’une des créations phares de Roland Petit, Annonciation d’Angelin Preljocaj, Critical Mass de Russell Maliphant et Odyssée, chorégraphié par Nicolas Le Riche lui-même. Autant de variations, matière à des duos où vont s’illustrer, outre ce dernier, les danseuses étoiles de l’Opéra de Paris, Eleonora Abbagnato et Clairemarie Osta, et le danseur et chorégraphe anglais Russell Maliphant. Beau casting, le mot est faible ! Par le choix des ballets et la qualité des interprètes, on est ici, (ou du moins cela y ressemble fort sur le papier), dans l’épicentre de ce qui fait trembler de ses plus belles émotions une soirée de danse.

Pour toutes infos et réservations, www.palaisdesfestivals.com